Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/200

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Leur sort devait éternellement demeurer un mystère.

Julian fut indigné de ce raffinement de barbarie, mais il était réduit la plus complète impuissance.

Il lui fallut se résigner et courber la tête sans même essayer une timide protestation, qui aurait été considérée comme un acte de révolte, et sans doute aurait eu pour lui des conséquences encore plus fâcheuses.

Les prisonniers quittèrent, un vendredi matin du mois de février, la ville de M…, et furent dirigés sur D…

Leurs misères étaient loin d’être finies.

Leurs souffrances passées n’étaient rien comparées à celles qu’ils endurèrent pendant ce long voyage, et celles plus cruelles encore qui les attendaient à D…

Là, enfermés dans d’étroits cabanons, sans communication avec le dehors, parqués sept ou huit ensemble, mêlés à des scélérats de la pire espèce, confondus avec des forçats, mal couchés, plus mal nourris, de vivres avariés et insuffisants, et traités avec la plus odieuse cruauté par leurs geôliers, ils subirent des tortures morales et physiques horribles.

Si l’espoir, ce trésor sublime que Dieu a caché au fond du cœur de l’homme, pour lui donner la force de subir les plus effroyables douleurs, ne les avait pas soutenus en faisant briller une lueur dans leurs ténèbres, Julian et son ami auraient succombé à ces inénarrables tortures.

Ils seraient morts ou auraient perdu la raison.

Enfin le jour du départ définitif arriva.

Julian et Bernardo furent embarqués avec trois cent cinquante autres malheureux, condamnés comme eux et aussi peu coupables, sur la frégate la Bellone, qui avait été armée et disposée tout exprès pour transporter des condamnés.

Vingt-quatre heures plus tard la frégate mettait sous voiles.

Les victimes des commissions mixtes et des conseils de guerre voyaient s’effacer, peut-être pour toujours, dans les lointains brumeux de l’horizon, cette terre de France,