Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/381

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Près d’un quart d’heure s’écoula ainsi.

Les chasseurs restaient immobiles comme s’ils eussent été changés en pierre.

Bientôt un bruit faible d’abord, mais qui s’accrut rapidement et prit les proportions d’une course échevelée à travers les buissons et les halliers, se fit entendre sous le couvert, se rapprochant de plus en plus de l’embuscade où se tenaient les chasseurs.

Un cavalier mexicain parut, galopant à travers les halliers, bondissant par dessus les buissons, sans chapeau, les vêtements en lambeaux, couvert de sang et affaissé sur sa selle.

En pénétrant dans la clairière il se détourna à demi sur sa montura, épaula sa carabine et fit feu.

Deux détonations répondirent aussitôt de l’intérieur de la foret, et une nuée de flèches vint tomber dessus et tout autour du cavalier.

Celui-ci ouvrit les bras, lâcha sa carabine, chancela comme un homme ivre, et perdit les étriers.

Il rejeta machinalement le haut du corps en avant, et s’accrocha à la crinière de son cheval.

Mais au même moment l’animal poussa un cri d’agonie, se dressa droit sur ses pieds de derrière, battit l’air de ses pieds de devant, et se renversa en arrière avec son cavalier.

Les deux chasseurs s’étaient prestement embusqués chacun derrière un arbre.

Ils étaient armés de carabines à double canons tournants.

Ils répondirent aux deux coups de feu tirés de la forêt par quatre coups de carabine probablement bien ajustés, car de grands cris s’élevèrent aussitôt sous le couvert et furent immédiatement suivis du bruit d’une fuite précipitée.

Les chasseurs firent une seconde décharge.

Les fuyards quels qu’ils fussent, redoublèrent de vitesse.

Bientôt le bruit de leur course se perdit dans le lointain.

Les chasseurs quittèrent alors leur embuscade.

— Secourons ce pauvre diable ! dit Cœur-Sombre.