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JACK ET JANE.

une souris dans la classe, elles se mettent toutes à crier comme si on leur annonçait qu’un tigre est à leurs trousses, et si elles aperçoivent une vache, elles prennent leurs jambes à leur cou en disant que c’est un rhinocéros. J’ai mis une pauvre fois un tout petit pétard dans le pupitre de Molly. Je la vois encore sauter. On eût dit que la maison venait de tomber sur elle. »

Ceci dit, Grif s’assit d’un air modeste, tira la langue, et, les yeux levés au ciel, se tint raide comme un petit saint.

Édouard prit la parole. Le son de sa voix calma instantanément ses auditeurs.

« Je pense, dit-il, que la société des jeunes filles a pour effet de nous forcer à être plus polis et moins égoïstes. J’aime tout autant jouer que vous, mais je préfère à tous les autres les jeux auxquels elles peuvent prendre part. Je plains ceux qui n’ont pas de sœurs, » continua-t-il en s’animant.

Toute sa timidité disparaissait devant la pensée de ses gentilles petites sœurs qu’il adorait, et pour lesquelles il était un frère comme on en voit trop peu.

« Oui, messieurs, répéta-t-il, je plains de tout mon cœur ceux qui n’ont ni sœurs, ni tantes, ni cousines pour les aimer, les aider dans les moments difficiles, et rendre leur maison agréable pour eux-mêmes et pour leurs amis. À cela j’ajouterai que plus on voit de jeunes filles bien élevées, mieux cela vaut ; on tâche de leur ressembler, on devient peu à peu moins brutal et moins turbulent : leur présence dans nos classes ne peut que nous civiliser.

— Bravo ! » cria Frank avec chaleur.