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LES TROIS GLISSADES.

un bon gros fermier qui regarda les blessés avec une sollicitude paternelle.

« Vous avez eu un petit accident, leur dit-il, c’est un très bon endroit pour tomber. Je le sais par expérience, car j’y ai laissé trois de mes dents il y a bien trente ans. Allons, je vais vous ramener et promptement, car il est tard et je devrais déjà être rentré.

— Prenez Jane d’abord, s’il vous plaît, monsieur, » dit Edouard, le chevalier des dames, en étendant son manteau sur le traîneau afin que la petite fille y fût moins durement.

Avec quelque précaution que le brave M. Grant la prît, Jane aurait volontiers crié, tant il lui fit mal ; mais elle serra les lèvres l’une contre l’autre avec tant de volonté qu’elle supporta la douleur sans pousser un cri. Ses camarades la regardaient et elle tenait à leur prouver qu’une petite fille peut être tout aussi courageuse qu’un petit garçon. Mais aussitôt qu’elle fut installée, elle enfouit sa figure dans le manteau d’Edouard pour cacher les larmes qui voulaient couler malgré elle, et, quand on eut déposé Jack à côté d’elle, il y eut bientôt un véritable petit réservoir d’eau salée dans une des poches du pauvre garçon.

Alors la triste procession se mit en marche. M. Grant conduisait ses bœufs, et les petites filles entouraient le traîneau où gisaient les intéressantes victimes, tandis que les petits garçons formaient l’arrière-garde.

La colline eût été déserte si, dans une intention qui n’était peut-être pas bienveillante, Joë n’était pas retourné près de la fatale palissade, à l’endroit où les débris du traîneau que Jack n’avait pas voulu lui confier marquaient la place de la grande catastrophe.