Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/288

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faisait très habituellement dès la première page. Des ourlets et des surjets apparaissaient dès son réveil. Alors Amy cousait avec une grande douceur extérieure et une non moins grande révolte intérieure, jusqu’à ce qu’on ne vît plus assez clair pour travailler. Il est juste de dire qu’après cela elle avait la permission de s’amuser à sa guise jusqu’au thé. Les soirées étaient encore le pire de tout, car la vieille dame se mettait à raconter des histoires de son jeune temps, qui, étant toujours les mêmes, paraissaient si profondément ennuyeuses à Amy, qu’elle allait toujours se coucher avec l’intention de pleurer longuement sur son triste sort. Heureusement que le sommeil, si facile à son âge, lui venait presque toujours avant qu’elle eût pu verser plus de trois ou quatre larmes.

Elle sentait que, si elle n’avait pas eu Laurie et la vieille Esther, la femme de chambre, elle n’aurait jamais pu passer ce temps-là loin de Beth, loin des siens. Le perroquet, à lui tout seul, aurait suffi à la rendre folle ; il avait bientôt découvert qu’elle ne l’admirait pas, et se vengeait en étant pour elle aussi méchant que possible. Il lui tirait les cheveux toutes les fois qu’elle s’approchait de lui ; l’ingrat renversait son pain et son lait lorsqu’elle venait de nettoyer sa cage ; il donnait des coups de bec à Mop pour le faire aboyer, dès que sa maîtresse s’endormait, privant ainsi Amy des instants de répit que lui donnaient les sommeils de sa tante. La vieille dame, réveillée en sursaut, s’en prenait à sa nièce : « Qu’as-tu fait à Mop ? » s’écriait-elle très fâchée. Impossible de lui faire comprendre que ce maître cafard de perroquet avait tout fait. Le méchant drôle, dès qu’il avait fait son coup, faisait semblant de dormir lui-même profondément, immobile, les yeux fermés, on l’eût cru