Page:Alembert - Trois mois à la cour de Fréderic : lettres inédites.djvu/31

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en effet, mérite bien d’être vue. Nous avons eu un très bon opéra bouffon italien, et le lendemain bal, où vous croyez bien que je n’ai pas dansé, mais où il n’a tenu qu’à moi de danser avec les princesses qui me l’ont proposé.

« J’oubliais de vous dire qu’à Minden ou auprès, j’ai vu le champ de bataille qui nous a été si funeste et le moulin où étaient nos généraux.

« Le lundi 20, à quatre heures du matin, après avoir dormi très peu, nous avons passé par Magdebourg, qui est une très belle et forte ville ; nous avons couché à quelques lieues de là et sommes repartis le 21 à trois heures du matin pour arriver à Potsdam, d’où le Roi est venu ici, où il est avec mylord Maréchal, le marquis d’Argens[1] et moi : le château que nous habitons est très beau et de très bon goût ; je vous écris de la plus belle chambre du monde, entouré de beaux meubles et de beaux tableaux, ayant la plus belle vue du monde de mes fenêtres ; malheureusement mes amis ne sont pas au bout de cette vue-là.

« Le Roi est de fort bonne humeur et plein de la plus

  1. Argens (Jean-Baptiste de Boyer, marquis d’) (1704-1771), fils d’un procureur général au parlement d’Aix. Après avoir suivi la carrière des armes, il écrivit les Lettres Juives, Chinoises et cabalistiques. Cette lecture charma Frédéric, qui l’appela à Berlin et lui donna la clef de chambellan. Le roi lui témoigna toujours une véritable affection et une préférence marquée. Après vingt-cinq ans de séjour à Berlin, d’Argens revint à Aix, où il vécut et mourut en philosophe.