Page:Alembert - Trois mois à la cour de Fréderic : lettres inédites.djvu/43

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purent résister et menacèrent de déserter en masse si on ne l’expulsait. La maîtresse de l’hôtel le pria donc d’aller chercher un gîte ailleurs ; il refusa énergiquement de s’en aller et de payer ce qu’il devait ; on dut recourir à la force armée. Le lendemain il publia dans un journal une adresse au peuple anglais, l’informant qu’il était le peuple « le plus sauvage de l’Europe et de l’Univers[1] ».

Presque chaque jour d’Alembert écrivait à Mlle de Lespinasse, lui rendant un compte fidèle et exact des moindres incidents de son existence :

« 28 juin 1763. Jour de la poste.

« Notre journée d’hier n’a pas été fort chargée d’événements ; le Roi est resté dans sa chambre jusqu’au soir à travailler et à faire diète ; le dîner n’en a pas été plus amusant, car il y est en vérité bien nécessaire.

  1. « Cela est bien près de la vérité, disait Walpole, et cependant je n’aurais jamais injurié les Iroquois à leur face et dans une de leurs propres gazettes. » La Condamine faisait du reste la joie de la population de Londres. Il ne sortait qu’armé d’un parapluie, d’un cornet à mettre dans l’oreille, d’un télescope, d’un compas et d’un plan de Londres toujours déployé. Il ne comprenait pas un mot d’anglais, ce qui ne l’empêchait pas d’interroger tous les passants.