Page:Alessandro Manzoni - Les fiancés, trad. Montgrand, 1877.djvu/165

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Au bout de quatre ou cinq longs jours de prison, un matin Gertrude, outrée, exaspérée au dernier degré par l’une de ces boutades acerbes de sa gardienne, alla se mettre dans un coin de la chambre, et là, le visage caché dans ses mains, elle fut quelque temps à dévorer sa rage. Elle sentit alors un besoin impérieux de voir d’autres figures, d’entendre d’autres paroles, d’être traitée autrement. Elle pensa à son père, à sa famille, et son esprit s’en éloignait épouvanté. Mais elle songea qu’il dépendait d’elle de trouver en eux des amis, et elle éprouva une joie inattendue ; après, vint une confusion et un repentir extraordinaire de sa faute, avec un égal désir de l’expier. Non que sa volonté fût arrêtée sur ce projet vers lequel nous l’avons vue tendre ; mais jamais elle ne s’y était portée avec autant d’ardeur. Elle se leva de son coin, vint à une table, reprit la plume fatale, et écrivit à son père une lettre pleine d’enthousiasme et d’abattement, d’affliction et d’espérance, implorant son pardon et se montrant en termes généraux prête à faire tout ce qui pourrait être agréable à celui qui le devait accorder.