Page:Alessandro Manzoni - Les fiancés, trad. Montgrand, 1877.djvu/183

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que les sœurs se félicitaient l’une l’autre de cet heureux changement, bien éloignées qu’elles étaient d’en soupçonner le véritable motif et de comprendre que cette nouvelle vertu n’était autre chose que l’hypocrisie ajoutée à ses anciens défauts. Cette apparence extérieure cependant, ce dehors blanchi, pour ainsi dire, ne dura pas longtemps, du moins d’une manière aussi continue et aussi égale. Bientôt revinrent et ses impatiences et ses caprices, bientôt recommencèrent ses imprécations et ses moqueries contre la prison du cloître, et souvent en des termes étranges dans un tel lieu comme dans une telle bouche. Cependant chacune de ces incartades était suivie de repentir et d’une grande attention à les faire oublier à force de façons doucereuses et de paroles bienveillantes. Les sœurs supportaient de leur mieux toutes ces alternatives et les attribuaient au caractère léger et fantasque de la signora.

Pendant quelque temps il ne parut pas qu’aucune d’elles portait ses idées plus loin ; mais un jour que la signora, dans une querelle qu’elle avait faite à une sœur converse pour je ne sais quelle bagatelle, s’était laissée aller à la maltraiter sans mesure et sans fin, celle-ci, après avoir longuement enduré ces violences en se mordant les lèvres, perdit enfin patience et laissa échapper un mot où elle faisait entendre qu’elle savait quelque chose et, qu’en temps et lieu elle parlerait. De ce moment la signora n’eut plus de repos. À peu de temps de là cependant, la sœur converse un matin fut vainement attendue à ses devoirs ordinaires ; on va voir dans sa cellule, on ne l’y trouve point ; on l’appelle à haute voix, elle ne répond pas ; on cherche par ci, on cherche par là, on va, on vient, de la cave au grenier ; elle n’est nulle part ; et qui sait quelles conjectures on aurait faites si, en cherchant ainsi, l’on n’eût découvert un trou dans le mur du jardin, ce qui fit supposer à toutes les religieuses que la sœur s’était enfuie par là. On fit de grandes perquisitions à Monza et dans les environs, principalement à Meda, qui était le pays de cette converse ; on écrivit de divers côtés ; on n’en eut plus la moindre nouvelle. Peut-être aurait-on pu en savoir davantage si, au lieu de chercher au loin, on eût creusé tout auprès la terre.