Page:Alessandro Manzoni - Les fiancés, trad. Montgrand, 1877.djvu/307

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partout de ses alliés et de ses sicaires contribuait aussi à ce que l’on pensât toujours et partout à lui. Ce n’était à l’égard de chacun que des soupçons ; car qui aurait osé avouer ouvertement une telle dépendance ? mais chaque tyran pouvait être son allié, chaque bandit l’un des siens ; et l’incertitude même ajoutait au vaste de l’idée, comme à la sombre terreur qu’inspirait la chose même. Chaque fois que dans quelque lieu venaient à paraître des figures de bravi inconnues et plus mauvaises qu’à l’ordinaire, à chaque fait énorme dont on ne pouvait tout d’abord indiquer ou deviner l’auteur, on prononçait, on murmurait tout bas le nom de celui que, grâce à la circonspection, pour ne rien dire de plus, de nos auteurs, nous serons obligé d’appeler l’Innomé.

Du grand château de cet homme à celui de don Rodrigo, il n’y avait pas plus de sept milles ; et ce dernier, aussitôt qu’il fut devenu maître et tyran, avait dû reconnaître qu’à une aussi petite distance d’un tel personnage, il n’était pas possible de faire ce métier sans en venir aux prises ou marcher d’accord avec lui. Il s’était donc offert à ce redoutable voisin, devenant ainsi son ami, à la manière, c’est-à-dire, de tous les autres ; il lui avait rendu plus d’un service (le manuscrit n’en dit pas davantage) ; et chaque fois en avait rapporté des promesses de réciprocité et de prestation d’aide en toute occasion que ce pût être. Il mettait cependant beaucoup de soin à cacher une telle amitié, ou du moins à ne pas laisser apercevoir jusqu’à quel point elle pouvait être étroite, ni quel en était le caractère. Don Rodrigo voulait bien faire le tyran, mais non le tyran sauvage : cette profession était pour lui un moyen et non pas un but : il vou-