Page:Alessandro Manzoni - Les fiancés, trad. Montgrand, 1877.djvu/322

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toi porter à la Malanotte. Mais qu’on se hâte, afin que tu y arrives avant cette voiture, qui, au reste, s’avance du pas de la mort. Dans cette voiture il y a… il doit y avoir une jeune fille. Si elle y est, dis au Nibbio, de ma part, qu’il la mette dans la chaise et qu’il vienne tout de suite me trouver. Tu resteras dans la chaise avec cette jeune fille ; et quand vous serez ici toutes deux, tu la conduiras dans la chambre. Si elle le demande où tu la mènes, à qui est ce château, garde toi de…

— Oh ! dit la vieille.

— Mais, continua l’Innomé, rassure-la.

— Que dois-je lui dire ?

— Ce que tu dois lui dire ? Rassure-la, encore une fois. Es-tu donc arrivée à ton âge sans savoir comment on rassure les gens, quand on veut ? N’as-tu jamais eu le cœur en peine ? N’as-tu jamais eu peur ? Ne connais-tu pas les mots qui font plaisir dans ces moments-là ? Dis-lui de ces mots : trouve-les, de par le diable ! Va. »

Et lorsqu’elle fut partie, il resta encore quelque temps à la fenêtre, les yeux fixés sur cette voiture qui paraissait déjà beaucoup plus grande. Puis il les leva vers le soleil qui, dans ce moment, se cachait derrière la montagne ; puis il regarda les nuages épars au-dessus, et qui, de bruns qu’ils étaient, devinrent presque en un instant couleur de feu. Il se retira, ferma la fenêtre, et se mit à marcher en avant et en arrière dans la chambre, du pas d’un voyageur pressé.