Page:Alessandro Manzoni - Les fiancés, trad. Montgrand, 1877.djvu/399

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en Celui qui le donne ! Connaissant votre faiblesse et vos devoirs, avez-vous pensé aux circonstances difficiles où vous pourriez vous trouver et où vous vous êtes trouvé en effet ? Ah ! si durant tant d’années de fonctions pastorales vous avez aimé (et pourrait-il en être autrement ?), si vous avez aimé votre troupeau, si vous avez mis en lui vos affections, vos sollicitudes, vos délices, le courage ne devait pas vous manquer au besoin ; l’amour est intrépide. Eh bien ! si vous les aimiez, ceux qui sont confiés à vos soins spirituels, ceux que vous nommez vos enfants, lorsque vous avez vu deux d’entre eux menacés en même temps que vous, ah ! sans doute, la charité vous a fait trembler pour eux, comme la faiblesse de la chair vous a fait trembler pour vous-même. Vous vous serez humilié de l’une de ces craintes, parce qu’elle était un effet de votre misère ; vous aurez imploré du Ciel la force nécessaire pour la vaincre, pour la repousser, parce que c’était une tentation ; mais la noble et sainte crainte pour le prochain, pour vos enfants, celle-là vous l’aurez écoutée, celle-là ne vous aura pas laissé de repos, celle-là vous aura pressé, vous aura contraint de chercher dans votre pensée, de mettre en œuvre tous les moyens qui pouvaient exister pour détourner le péril prêt à les atteindre… Que vous a inspiré cette crainte, cet amour ? Qu’avez-vous fait pour eux ? Quels moyens vous ont suggérés vos recherches ? »

Et il se tut, attendant la réponse.