Page:Alessandro Manzoni - Les fiancés, trad. Montgrand, 1877.djvu/521

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laquelle elles avaient existé : çà et là, et par buissons, des rejetons de mûriers, de figuiers, de pêchers, de cerisiers, de pruniers, mais tout cela épars, tout cela étouffé au milieu de tout ce qui avait poussé sans le secours de la main de l’homme. Ce n’était sur toute la surface du sol qu’orties, fougères, ivraie, chiendent, folle-avoine, chicorée sauvage, et autres plantes de tant de sortes, dont l’habitant des campagnes, en tout pays, a fait une seule et grande classe à sa manière, en les nommant mauvaises herbes, ou quelque chose de semblable. Partout une confusion de tiges qui semblaient vouloir se dépasser l’une l’autre en l’air, ou se devancer en se traînant sur la terre, se ravir, en un mot, la place dans tous les sens ; partout, un mélange de feuilles, de boutons, de coques, de fruits de toutes les couleurs, de toutes les formes, de toutes les dimensions. Parmi cette multitude de plantes, on en voyait quelques-unes plus élevées, plus apparentes, sans être pour cela meilleures, du moins pour la plupart : le raisin d’Amérique[1], par-dessus toutes les autres, étalant ses larges branches, ses riches feuilles, ses grappes recourbées, que le pourpre et le vert paraient à l’envi de leurs nuances : la molaine[2], avec ses grandes feuilles veloutées touchant la terre, sa tige élancée et les fleurs d’un jaune vif qui la couvraient : les chardons, n’offrant qu’épines dans leurs branches, leurs feuilles et le calice de leurs petites fleurs blanches ou purpurines, du sein desquelles s’envolaient, au souffle de l’air, de légers flocons argentés. Ici des touffes de liserons s’attachaient aux rejetons d’un mûrier, les enveloppaient tout entiers de leurs feuilles, et du haut laissaient pendre leurs blanches et gracieuses

  1. Phytolaca decandra. Cette plante, de belle apparence, est commune dans le nord de l’Italie où elle croît dans les endroits incultes.
  2. Autrement et plus communément, bouillon-blanc.