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DONATELLO.

à ceci ; expliquons-nous franchement. Vasari a une parole significative. Il dit en propres termes, en parlant d’une œuvre de Donatello, qu’elle est si accomplie que, pour les hommes de l’art, il paraît impossible qu’elle ne soit pas moulée sur nature. Peut-être, direz-vous, n’y entend-il pas malice et est-ce sous sa plume une simple image ? Mais dans sa biographie de Verrocchio, voici un passage qui doit donner à réfléchir : « Andréa se plaisait à mouler en plâtre… Andréa moulait ainsi des mains, des genoux, des jambes, des bras et des torses, afin de les copier tout à son aise. De son temps on commença à mouler à peu de frais les têtes de ceux qui mouraient ; aussi voit-on dans chaque maison de Florence une infinité de portraits ainsi exécutés, si naturels et si bien faits qu’ils paraissent vivants. Nous devons avoir une grande obligation de ce procédé à Andréa, qui fut un des premiers à le mettre en pratique. »

Rien n’est plus net. On voyait du temps de Donatello un moyen d’art dans le moulage employé avec discernement et habileté, et si nous n’avions pas ce document décisif, l’espèce d’étrange et spéciale saveur de certaines œuvres, notamment de ce petit Giovannino, serait un témoin tout aussi irrécusable, car il est des degrés où nos sens ne nous trompent point. La même impression se dégage, non moins poignante, de l’effroyable et splendide Saint Jean-Baptiste, vieux celui-là, de la cathédrale de Sienne. Cette expression funèbre de la tête ravagée, cette sorte de cachexie qui ne peut pas être imitée, qui crie sa