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DONATELLO.

l’œuvre de Donatello. Il en est qui visiblement ont cette troublante séduction morbide. Il en est en revanche (comme ceux de l’église des Vanchettoni et comme le célèbre enfant riant de la collection Miller) qui sont tout à fait exécutés d’après la vie. Tous ont un charme qui a saisi les spectateurs les plus difficiles comme les plus naïfs. À quoi tient-il ? À la fascination irrésistible de la jeunesse, de la pureté sans arrière-pensée ? Pas absolument à cela. Aucun de ces enfants n’est complètement, même les plus polis et les plus vermeils, dépourvu soit de méditation, soit d’un peu de fièvre, imperceptibles traces chez les uns, et allant chez les petits danseurs de Prato jusqu’à la violence nerveuse. Mais il y a le miracle de la forme, et aussi, je ne sais, la tristesse persistante déguisée sous la grâce, la tristesse, le plus sûr attrait de l’art, mais j’entends la tristesse de l’artiste, et ici, plus explicitement, celle de l’homme qui n’a pas eu d’enfants.

On a cru constater chez Donatello une sorte de résistance à exprimer la beauté de la femme. Cette constatation prétendue n’est qu’une niaiserie. La beauté tendre et juvénile de la Vierge dans le bas-relief de l’Annonciation de Santa-Croce ; la beauté fine, pure, un peu mièvre, de la célèbre Sainte Cécile en bas-relief ; la beauté aimable et souriante de plusieurs madones avec enfants (par exemple celle de l’église de la Trinité et celle de la Via dei Martelli, si fière d’être mère, si pensive, si pénétrée) ; la beauté altière enfin, la beauté féroce de Judith ; voilà suffisamment de quoi répondre, et nous laissons de côté