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DONATELLO.

clair et mouvementé, l’émotion qu’il a éprouvée et voulu rendre se dégage de tout l’ensemble, au lieu d’être suscitée par les personnages principaux, si pathétiques qu’ils soient. C’est là qu’est le prodige de cet art. Et c’est là aussi que réside une des grandes distinctions de l’art en général. Il importe de la comprendre pour la juste appréciation des œuvres.

Deux tendances dominantes existent qui se partagent l’esprit humain en tant que créateur d’images, quelles qu’elles soient, littéraires, plastiques ou musicales. L’une est la tendance mélodique, l’autre la tendance polyphonique. Dans la première tout est subordonné à une seule voix, à une seule ligne. Dans la seconde, tout parle, et c’est le spectateur ou l’auditeur qui dégage lui-même d’une apparente confusion ce que l’artiste, par ses profonds calculs, a voulu précisément lui faire dégager. L’un sera Racine, l’autre sera Shakespeare ; l’un sera Gluck, l’autre sera Wagner ; l’un construira le temple grec, l’autre les prodigieuses pagodes de l’Inde. Je n’ai pas à chercher ici quelle est l’inspiration la plus haute. Il est vraisemblable que toutes deux s’équivalent, puisque toutes deux sont dans la nature de l’esprit humain et que toutes deux ont enfanté des chefs-d’œuvre. Elles ne s’entendront jamais ensemble ; c’est à nous de les entendre. Les bas-reliefs de Padoue, avec leur prolongement encore plus pathétique de San Lorenzo, appartiennent au genre polyphonique. C’est surtout ce que nous voulions faire remarquer. Jamais une œuvre de Donatello, la plus