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DONATELLO.

trer d’esprit qui lui plût davantage que celui de Donato, avec lequel il causait familièrement, raisonnant, pour leur plus grand plaisir, sur les difficultés du métier. » Est-il possible de faire entrevoir une activité intellectuelle et artistique mieux qu’en ces deux simples phrases ? Mais Donatello n’est pas seulement le compagnon des plaisirs de la pensée, le camarade de luxe, qu’on ne trouve qu’aux heures faciles. Lorsque Brunelleschi est harcelé, exaspéré par les mesquineries des fabriciens de la cathédrale, et que pour les travaux de cette coupole qu’il a conçue lui seul et dont lui seul est capable de mener à bien l’écrasant projet, on lui adjoint l’inutile et le nul Ghiberti (inutile et nul dans cette seule circonstance, cela va sans dire), Donato est là qui soutient son ami et peut-être l’inspire. « Il fut dans un tel désespoir qu’il était sur le point de quitter Florence ; et sans Donato et Luca della Robbia qui le réconfortèrent, il aurait été hors de lui. » Au reste, Donatello est tellement loyal, si peu vindicatif, si peu orgueilleux, que lorsqu’un rival, par exemple le même Ghiberti, présente un projet supérieur au sien, non seulement il s’efface devant lui, mais encore il chante ses louanges, fait de la propagande pour lui, au besoin des démarches. Jusque-là va sa passion du beau, son enthousiasme du bon travail, et ce n’est peut-être pas, chez un artiste, le trait le moins rare.

Cette espèce de besoin de justice pour soi et pour les autres s’allie fort bien à la causticité que nous avons signalée. On en voit un bien amusant exemple dans