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DONATELLO.

portent la façon dont il vit et celle dont il meurt. La vie devient son esclave, lui offre même la rente dernière et le lit mortuaire. Tout se subordonne à L’œuvre.

Donatello avait cette foi merveilleuse, cette passion dominatrice. On peut dire qu’il n’a pas aimé autre chose que son art, qu’il n’a pas cru en autre chose. Le but de la vie pour lui, c’était de réaliser le monde de création qu’il portait dans sa tête. Le gain, les honneurs, le succès même, tout passait pour lui après le bonheur de pétrir des êtres, et de leur parler.

Voilà en grande partie esquissés le caractère et l’esprit de cet homme et la leçon de la vie de ce grand artiste, humble vieux garçon vivant avec une vieille mère, une vieille sœur et un jeune neveu. Quand on compare cette œuvre immense et cette humilité, avec le faste de certains charlatans plutôt qu’artistes de qui ne subsistent que de surprenantes médiocrités, dites qui il faut prendre pour modèle et pour inspirateur.

Ajoutez à ces traits un étonnant tourment, une incessante inquiétude dans la production ; nous en verrons des exemples remarquables. Ajoutez-y encore une grande élévation de pensée, une culture raffinée, un savoir si étendu que les Médicis prennent Donato pour organisateur de leurs collections d’art antique, qu’on le charge même, en une circonstance, de fonctions d’ingénieur, enfin qu’il est lié avec tous les plus grands esprits de son temps et apprécié d’eux. Cela suffit-il à faire comprendre sa grandeur ?