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LE COLLAGE

mort de ma contumace changée en déportation dans une enceinte fortifiée. Je venais d’être embarqué sur le transport l’Océan

Et le voilà racontant la traversée et ses épisodes, la malsaine nourriture, les mauvais traitements, le mal de mer ; puis, l’arrivée à Nouméa, sa vie à l’île des Pins et dans la presqu’île Ducos ; puis, le drame pénible de son évasion, l’embarcation heureusement dérobée, la surveillance trompée des gardiens, la chaloupe coulée à fond par un boulet, son salut miraculeux et le bizarre concours de circonstances l’ayant fait passer pour mort ; enfin, plus tard, dans une colonie anglaise qu’il était parvenu à gagner, sa stupéfaction en lisant un journal qui racontait son propre décès. Tout cela jeté confusément, sans explication, avec toutes sortes de : « Je te raconterai ça plus tard », ou de : « Tu comprendras un autre jour. » Mais c’était une démangeaison de parler quand même, de tout lâcher à la fois en mots incohérents, comme si, n’ayant plus depuis neuf ans adressé la parole qu’à des étrangers, à des indifférents, il s’était tout à coup senti le besoin de se rattraper. De temps en temps, près d’eux, dans la tranchée profonde du chemin de fer, des trains passaient à toute vapeur, sous un nuage opaque de fumée blanche, au fond duquel saignait un moment l’œil rouge grand ouvert du dernier wagon.

La tête basse, à mille lieues de l’île des Pins et