Page:Alexis - Le Collage.djvu/12

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
9
LE COLLAGE

santé, à mes affaires, à mes plaisirs. Et il a lutiné un peu sa femme : « ma bichette » par-ci, « ma louloute » par-là ! Ne se gênant pas devant un intime, il a même embrassé madame Germondy sur une paupière, et au bout du nez, et sous la nuque. Tout cela, d’ailleurs, innocemment, sans la moindre intention, je ne dirai pas égrillarde, mais même réellement conjugale. Si bien que moi, pendant ces ébats, tout en ayant l’air de parcourir le journal, je me disais : « Toi ! quand je te regarde manger de la langouste, tu y prends visiblement tant de plaisir, que tu me donnes aussitôt envie d’en manger. Mais, quand je te vois caresser ta femme ainsi, en camarade, tu ne me donnes aucune envie de me marier. » Alors, si je ne songe pas au mariage, pourquoi suis-je encore revenu tout bouleversé de la rue des Moines ?

À minuit et demi, lorsque j’ai eu pris congé de madame, lui, Germondy, en robe de chambre et en pantoufles, est venu m’éclairer. Dans l’antichambre, pendant que je mettais mon pardessus, il m’a recommandé de bien me couvrir. « Va ! il ne fait pas chaud ! Brrr ! » Et il a eu comme un frisson, sans doute à la pensée de la température qu’il lui faudrait endurer, s’il avait à partir à ma place. Dans l’escalier, pendant que je descendais les premières marches, lui, accoudé sur la rampe, son bougeoir à la main, m’a raconté à