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LE COLLAGE

lit, spacieux, est excellent, autrement moelleux que le mien. Vautré, disparaissant jusqu’aux yeux comme dans de la plume, et affublé d’une chemise de femme que Célina me prête obligeamment pour la nuit, je dors en bienheureux. Mon cœur pleure au fond de moi ses illusions, mais je fais la grasse matinée. Un peu avant midi, la veuve vient elle-même nous allumer le feu et prendre mes ordres pour le déjeuner. Deux déjeuners, servis à part, à trois francs par tête, café compris, ce n’est pas une affaire. J’y vais donc de mes six francs, quelques sous en plus pour la bonne. La veuve et Célina paraissent contentes. Et je sors avec le chatouillement d’être aimé pour moi-même.


Une semaine après.

Très grave ! Crise financière, à l’état aigu, vient d’éclater entre Célina et la veuve. La malheureuse Lorraine, à qui sa propriétaire réclame dix-neuf cent soixante-sept francs soixante-quinze centimes d’arriéré, s’est réfugiée dans mon domicile, depuis trois jours consécutifs, avec du linge. Moi, très perplexe : apitoyé d’une part, tremblant de l’autre pour mon indépendance et ma tranquillité. Enfin tout cela est excessivement grave. Pourvu, au moins, que la veuve ne lui retienne pas le restant de ses affaires !