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LE COLLAGE

temps, les émanations suaves, les gazouillements et les bruits d’ailes, me parlaient d’Hélène, contenaient quelque chose d’Hélène : « Voilà ce qu’elle aime ! Elle a passé par ici, je le sens, et elle y est encore. Tout à l’autre bout, l’avant-dernier de ces jardins, à gauche, m’a-t-on dit ! peut-être n’aurai-je pas besoin de sonner : entre les barreaux de la grille, si je l’aperçois tout de suite, assise dans son petit jardin, en chapeau de paille !… Il faut m’attendre à la trouver en noir ; elle porte encore le deuil, et n’aura pas voulu quitter ces fleurs et ces oiseaux, les derniers vers qui Lucienne ait tendu ses petites mains… » Puis, arrivé à l’avant-dernière maison à gauche, je regarde à travers la grille : pas d’Hélène en chapeau de paille ! Le jardin, plus grand que les autres, mais médiocrement tenu. Sur la porte, deux ou trois écriteaux pendus : Pension de famille, — appartements meublés et non meublés. Je sonne, tout en me demandant si je ne me trompe pas. La bonne qui vient m’ouvrir : « Je ne connais pas de madame de Vandeuilles, mais il n’y a que trois mois que je suis ici… Je vais appeler Madame… » Mais Madame est à sa toilette et me fait attendre un gros quart d’heure. Par une fenêtre du rez-de-chaussée ouverte, la salle à manger : deux bonnes mettent la nappe pour le déjeuner, une nappe étriquée de table d’hôte, çà et là tachée de vin. Non jamais Hélène n’a demeuré ici ! Enfin, voici Madame, une