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JOURNAL DE MONSIEUR MURE

dans sa chambre. Le joueur découche, reste des quarante-huit heures sans reparaître : à la fin, rupture ! Et voilà Hélène, au commencement de l’hiver, dans une affreuse position : seule au monde, sans famille et sans amis, ruinée, désenchantée. Avec son caractère, n’osant peut-être plus sortir, passer sous les regards curieux et compatissants des pensionnaires. Probablement, des dettes !

— Attendez, monsieur !… oh ! elle ne me devait pas grand-chose : un terme en retard, et deux ou trois mois de nourriture, en tout quelques centaines de francs. Et je ne lui réclamais rien, moi, je n’étais pas pressée, j’avais confiance… Cette dame possédait d’ailleurs de quoi répondre, oui ! un superbe mobilier : rien que l’armoire à glace valait quatre fois ce qu’elle me devait… C’est elle qui, un matin d’octobre, me fit monter chez elle pour me demander si je ne pourrais pas lui faire venir un marchand de meubles. Elle voulait tout vendre, partir immédiatement, peut-être voyager… Moi, je lui disais : « Madame a tort, madame devrait au moins conserver ici un pied-à-terre ; la maison est très convenable pour une femme du monde seule. » Puis, quand je vis que tout était inutile : « Eh bien, justement, il faut que je descende dans Paris ce matin avant le déjeuner, je préviendrai mon tapissier… » L’après-midi, le tapissier vint, lui estima ses meubles trois mille