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JOURNAL DE MONSIEUR MURE

que, il me semblait par moments qu’au lieu de cette rue du Faubourg-Montmartre que nous remontions, c’était dans les prairies de Miramont, il y a vingt ans ! Nous ralentissions le pas du côté des grands saules, et je pressais contre moi le bras de l’élève de Saint-Denis en congé qui me faisait gravement ses confidences. Ce fut tout à coup comme si je m’éveillais en sursaut. Nous étions rue Notre-Dame-de-Lorette, devant une porte, et la jeune femme sonnait, en me disant de sa voix d’Hélène : « Il me manque deux louis pour payer un billet… N’est-ce pas, mon chéri, tu vas être généreux. »


XII


12 mai.

Hôtel de la Cité des Fleurs, chambre 7. — Voilà où j’écris ces lignes. — Hélène, retrouvée par le plus grand des hasards, est à la chambre 6.

Elle ne se doute pas qu’une simple cloison nous sépare. Je viens de l’entendre remuer une chaise.

Moi-même, par moments, je me passe la main sur le front. J’ai besoin de me toucher pour me convaincre que je ne rêve pas. Oui, je suis tout à fait éveillé ! Voici d’ailleurs comment la chose est arrivée.

Très simplement. Je m’étais promis d’aller revoir, un jour où l’autre, cette cité des Fleurs où Hélène a vécue dix-huit mois, les plus mauvais