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LE COLLAGE

çois ses bottines, de jolies petites bottines en peau de gant. Ma foi ! je n’ai pu me retenir, je suis allé les toucher. Je les ai presque embrassées, toutes crottées de la boue de la veille.

C’est qu’il pleuvait, hier soir ; une pluie épouvantable, fouettant les vitres si fort que ma nouvelle chambre s’est bientôt changée en petit lac. Malgré ce temps-là, elle est sortie après son dîner, vers huit heures et demie. Philippe, que j’ai tout de suite sonné, sous prétexte de m’enlever cette eau, m’a appris que madame Hélène sortait ainsi après son diner, tous les soirs, quelque temps qu’il fit, et ne rentrait qu’à onze heures. « Y a-t-il longtemps qu’elle a cette habitude ? — Non, monsieur ; seulement depuis trois semaines. — Ah ! » fis-je avec indifférence. Et je me mis à lui parler d’autre chose. Puis, tout à coup, à brûle-pourpoint : « Où, diable ! pensez-vous qu’elle soit allée par cette tempête, ma voisine ? » Alors, avec ses deux mains rapprochées, le grossier personnage se mit à faire un geste obscène. Et il riait d’un rire gras, bêtement. Je l’aurais souffleté. Mais je me contins. « Tiens ! dis-je froidement, vous croyez ? » Sans rien ajouter, Philippe continua à rire de ce rire gras qui me semblait salir Hélène. Puis, voyant que mon front se plissait, il balbutia des explications. Il disait ça en l’air, lui, sans savoir ! Cette dame était sans doute honnête… Et il s’y connaissait, en honnêteté, lui qui servait depuis