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JOURNAL DE MONSIEUR MURE

Fernand lui parlait avec animation, tournant la tête vers elle, la serrant de plus près. Et elle, tendant toujours à s’éloigner, obliquait à droite. Ils finirent par traverser la chaussée, remontèrent sur le trottoir qui longe les maisons ; là, Hélène, ne pouvant obliquer davantage, rasait les devantures fermées, tandis que Fernand se trouvait toujours dans ses jupes. À l’angle du boulevard et de la rue de Rome, Hélène tourna brusquement, prit la rue obscure et déserte. Alors Fernand, jetant son cigare, lui passa son bras autour de la taille. Et, de sa main restée libre, il tenait une des mains d’Hélène. Il la lui baisait dans l’ombre. Hélène se laissait faire ! Alors mes jambes, lourdes comme du plomb, restèrent clouées sur place. Il me passa une sorte de voile devant les yeux. Et un sanglot étouffé me retomba à secousses profondes dans la poitrine. Hélène, cette fois, était perdue, tout à fait perdue, et je ne pouvais ni crier, ni pleurer. Je détournai la tête… À ce moment, un train quittant Paris à toute vapeur s’engouffrait en sifflant sous le pont du boulevard extérieur. Et le pont tremblait. De la fumée épaisse jaillissait à gros flocons de la grille du parapet, s’élevait en nuage. Puis le train siffla de nouveau, invisible et déjà loin, du côté de la campagne. Du côté de Paris, le nuage de fumée se dissipait ; et à mesure, par l’échappée de la gare Saint-Lazare, je voyais poindre une infinité de petites