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JOURNAL DE MONSIEUR MURE

avec des petits claquements secs… Là-bas, sur la plage, c’était le battement rythmique de la vague fondant contre la falaise sonore, puis s’égouttant écumeuse à travers les galets. Et, Hélène, dans une prostration, les yeux enfoncés et rougis par l’insomnie des nuits, passait des après-midi morne ; quelque livre, qu’elle ne lisait pas, ouvert dans ses mains ; regardant un point fixe, là-bas, à l’horizon, sans rien penser et sans voir. Moi, un peu à l’écart, absorbé en apparence dans un journal, cherchant à me faire oublier, j’aurais voulu n’être qu’un chien pour me coucher à ses pieds et faire semblant de dormir, tout en guettant. Heureux quand même, roulant tout bas des projets que je me gardais bien de lui laisser soupçonner, j’attendais… Tout à coup, mes paupières se fermèrent. Je cessai d’entendre l’orchestre lointain, le glissement des cartes neuves. Je m’étais endormi ! Mais Hélène était toujours là, assise devant l’Océan. Et moi, ou plutôt un autre moi-même que je n’ai jamais été, jeune et fort, pour la première fois de ma vie je la pressais contre ma poitrine : « Je t’aime ! » Elle, le sein gonflé d’émotion et de désir, se débattait ; puis, au milieu de sa résistance, je sentais ses deux bras, comme mus par une volonté différente de la sienne, se rejoindre derrière moi, m’attirer contre elle. « Hélène, sois enfin à moi, Hélène ! » voulais-je crier : mais, du fond de ma poitrine gonflée de désirs, avant d’arriver à mes lèvres, ces mots n’étaient