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LE COLLAGE

— C’est, je crois, la première fois que vous venez ?

— Oui, m’sieu : je suis nouvelle chez ma patronne.

— Ouvrière ? apprentie ?

— Oh ! ouvrière, m’sieu… répond-elle, en se mettant debout, mais sans cesser de me tourner le dos.

Et elle ajoute qu’elle a seize ans et demi, bientôt dix-sept ; on ne le dirait pas. Mal retenue par quatre épingles dorées, sa résille blonde laisse échapper des cheveux cendrés, peu épais, une simple « queue de rat ». Je lui demande son nom.

— Flore, m’sieu.

J’ai envie de la faire parler encore ; mais que lui demander ? Pendant qu’elle introduit dans le panier son paquet de linge, le tortillement de son échine de chèvre, maigre et souple, me préoccupe. Puis, il ne me reste qu’à la payer. Je regarde le livre ; c’est sept francs vingt-cinq. Je mets huit francs dans sa petite main brûlante, que je garde un moment dans la mienne.

— Les quinze sous sont pour vous !…

Flore, sans me dire merci, me regarde une seconde en face, allumée. Puis, détournant aussitôt la tête, elle ne s’en va pas. Son panier à terre, une main sur la porte ouverte, elle reste là, très près de moi, tendant le cou, considérant avec attention une eau forte pendue au mur. Que peut-elle