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LE COLLAGE

table, devant un bock à moitié bu, l’air malheureux et délaissé. Ces soirs-là, au contraire, souffrant pour elle de son abandon, devinant des angoisses secrètes, je lui parlais presque contraint et forcé, par charité, et j’eusse préféré la trouver en joyeuse société. Eh bien, aujourd’hui, un an après, aussi peu fixé sur mes véritables sentiments, je me ronge dans l’incertitude.

Je rêve de lâcher Célina, de recouvrer ma liberté, de me morfondre à nouveau dans la mélancolie de la solitude. J’enrage de ne pouvoir me jeter tête baissée dans des sensations nouvelles. Mais je n’ai pas la force de trancher moi-même ce lien qui me fait saigner. Si je n’aime pas assez Célina pour me résigner à passer ma vie avec elle, je l’aime trop pour avoir le courage de la quitter ; je voudrais que l’idée d’une rupture lui vînt, à elle la première.

D’ailleurs, je ne m’illusionne point sur mon compte. Je sais ce qui se trouve au fond de mes tergiversations. Parbleu ! s’il n’y avait qu’à poser le doigt sur un bouton électrique, pour que tout fût consommé, je me déciderais immédiatement. Hélas ! la réalité se passe autrement. Il y aurait des secousses, des tiraillements, des cris, des attaques de nerfs. Enfin, un drame : un inconnu de scènes violentes, d’actes forcenés, d’explications douloureuses, toutes choses dont la menace me consterne et me rend faible. Voilà déjà long-