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LE COLLAGE

votés et aussitôt annulés par des exceptions, que des paragraphes additionnels annulaient elles-mêmes ! Pourtant, à déchiffrer ce grimoire, on s’imaginait voir les têtes de ces gredins de sénateurs : ceux qui votaient oui, grillant d’envie de voter non, et ceux qui votaient non, suant de peur pour n’avoir pas voté oui. C’était donc cela, la politique ! Une mesquine et plate comédie, une simple blague, toujours la même, en tous temps et sous tous les régimes. Les deux bons Suisses, ouvrant leurs oreilles, écoutaient religieusement, intrépidement. Peu à peu, l’étonnement d’abord, puis l’ennui passaient sur leur visage.

La lecture achevée, le mari et la femme sortirent pour leurs affaires. Le savetier, resté seul, garda la boutique et, de tout l’après-midi, ne quitta pas son établi. Moins pâle, devenu calme, n’ayant plus d’absences, il travaillait. Jamais il ne s’était servi avec plus d’entrain de l’alène ou du tranchet. Les habitants de la rue Winkelried, en passant devant lui, se disaient : « Diable ! aujourd’hui, le père Clouard n’est pas en train de flâner ! » Mais, un peu après cinq heures, le fruitier étant revenu le premier de ses courses, Clouard interrompit son travail et monta au dernier étage de la maison, dans le petit cabinet meublé où il logeait. Là, un brin de toilette. Il cira ses souliers, se lava le visage et les mains, passa une chemise propre. Au bout d’un quart