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LE COLLAGE

imperceptible pour des oreilles civilisées, s’était réjoui en secret des premiers craquements avant-coureurs du cataclysme définitif. L’avertissement mystérieux de Sadowa, le prodigieux doigt dans l’œil de la guerre du Mexique, le réveil de l’esprit public aux élections générales, la grossière mascarade de l’empire libéral : comme il avait joui au fond de son être de ces sourdes lézardes de l’édifice ! Il leur avait découvert un sens caché, une signification profonde, l’indice du prochain affranchissement. Une belle époque, après tout, que ce ministère Ollivier où, malgré les sept millions de « oui », les pavés, çà et là, commençaient à se soulever d’eux-mêmes, les barricades à pousser comme des champignons, et où, chaque soir, sur les boulevards effarouchés, des files sombres de sergents de ville passaient lentement.

Puis, les faits s’étaient précipités, la déclaration de guerre à la Prusse, nos désastres, Reischoffen, Bazaine enfermé dans Metz, Sedan, le 4 septembre. Cette journée-là, par un radieux soleil faisant reluire cent mille baïonnettes sur la place de la Concorde, sans effusion de sang, au milieu de la satisfaction générale, l’empire, sans prendre le temps de faire ses malles, s’était sauvé comme un caissier filant sur Bruxelles. Quel soupir de soulagement dans les poitrines ! Quelle joie profonde, mais grave, attristée par la pensée que l’ennemi, victorieux, arrivait sur Paris, à mar-