Page:Alexis de Tocqueville - L'Ancien Régime et la Révolution, Lévy, 1866.djvu/151

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.


l’un de l’autre : deux choses qu’on doit si peu confondre ; que l’une, au lieu d’atténuer l’autre, l’aggrave souvent.

Dans le moyen-âge et tant que la féodalité conserva son empire, tous ceux qui tenaient des terres du seigneur (ceux que la langue féodale nommait proprement des vassaux), et beaucoup d’entre eux n’étaient pas nobles, étaient constamment associés à celui-ci pour le gouvernement de la seigneurie ; c’était même la principale condition de leurs tenures. Non-seulement ils devaient suivre le seigneur à la guerre, mais ils devaient, en vertu de leur concession, passer un certain temps de l’année à sa cour, c’est-à-dire l’aider à rendre la justice et à administrer les habitants. La cour du seigneur était le grand rouage du gouvernement féodal ; on la voit paraître dans toutes les vieilles lois de l’Europe, et j’en ai retrouvé encore de nos jours des vestiges très-visibles dans plusieurs parties de l’Allemagne. Le savant feudiste Edme de Fréminville, qui, trente ans avant la Révolution française, s’avisa d’écrire un gros livre sur les droits féodaux et sur la rénovation des terriers, nous apprend qu’il a vu dans les « titres de nombre de seigneuries, que les vassaux étaient obligés de se rendre tous les quinze jours à la cour du seigneur, où, étant assemblés, ils jugeaient, conjointement avec le seigneur ou son juge ordinaire, les assises et différends qui étaient survenus entre les habitants ». Il ajoute, « qu’il a trouvé quelquefois quatre-vingts, cent cinquante, et jusqu’à deux cents