Page:Alexis de Tocqueville - L'Ancien Régime et la Révolution, Lévy, 1866.djvu/166

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fusent obstinément de remplir leur office, « parce que, dit l’intendant, il s’est introduit dans l’assemblée quelques artisans auxquels les principaux bourgeois se trouvent humiliés d’être associés. » — « Si la place d’échevin, dit l’intendant d’une autre province, est donnée à un notaire, cela dégoûtera les autres notables, les notaires étant ici des gens sans naissance, qui ne sont pas de familles de notables et ont tous été clercs. » Les six meilleurs citoyens dont j’ai déjà parlé, et qui décident si aisément que le peuple doit être privé de ses droits politiques, se trouvent dans une étrange perplexité quand il s’agit d’examiner quels seront les notables et quel ordre de préséance il convient d’établir entre eux. En pareille matière, ils n’expriment plus modestement que des doutes ; ils craignent, disent-ils, « de faire à quelques-uns uns de leurs concitoyens une douleur trop sensible ».

La vanité naturelle aux Français se fortifie et s’aiguise dans le frottement incessant de l’amour-propre de ces petits corps, et le légitime orgueil du citoyen s’y oublie. Au seizième siècle, la plupart des corporations dont je viens de parler existent déjà ; mais leurs membres, après avoir réglé entre eux les affaires de leur association particulière, se réunissent sans cesse à tous les autres habitants pour s’occuper ensemble des intérêts généraux de la cité. Au dix-huitième, ils sont presque entièrement repliés sur eux-mêmes, car les actes de la vie municipale sont devenus rares, et ils s’exécutent tous par mandataires. Chacune de ces petites sociétés ne vit