Page:Alexis de Tocqueville - L'Ancien Régime et la Révolution, Lévy, 1866.djvu/248

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contre elle les libertés générales de l’esprit humain, ils combattaient dans leur cause propre et commençaient par briser l’entrave qui les serrait eux-mêmes le plus étroitement.

L’Église, de plus, leur paraissait être, de tout le vaste édifice qu’ils attaquaient, et était, en effet, le côté le plus ouvert et le moins défendu. Sa puissance s’était affaiblie en même temps que le pouvoir des princes temporels s’affermissait. Après avoir été leur supérieure, puis leur égale, elle s’était réduite à devenir leur cliente ; entre eux et elle, il s’était établi une sorte d’échange : ils lui prêtaient leur force matérielle, elle leur prêtait son autorité morale ; ils faisaient obéir à ses préceptes, elle faisait respecter leur volonté. Commerce dangereux, quand les temps de révolution approchent, et toujours désavantageux à une puissance qui ne se fonde pas sur la contrainte, mais sur la croyance.

Quoique nos rois s’appelassent encore les fils aînés de l’Église, ils s’acquittaient fort négligemment de leurs obligations envers elle ; ils montraient bien moins d’ardeur à la protéger qu’ils n’en mettaient à défendre leur propre gouvernement. Ils ne permettaient pas, il est vrai, qu’on portât la main sur elle ; mais ils souffraient qu’on la perçât de loin de mille traits.

Cette demi-contrainte qu’on imposait alors aux ennemis de l’Église, au lieu de diminuer leur pouvoir, l’augmentait. Il y a des moments où l’oppression des écrivains parvient à arrêter le mouvement de la pensée, dans d’autres elle le précipite ; mais il n’est jamais