Page:Alexis de Tocqueville - L'Ancien Régime et la Révolution, Lévy, 1866.djvu/285

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prunts : ils ne pouvaient jamais compter sur une époque fixe pour le payement des intérêts ; construisaient-ils ses vaisseaux, réparaient-ils ses routes, vêtissaient-ils ses soldats : ils restaient sans garanties de leurs avances, sans échéance pour le remboursement, réduits à calculer les chances d’un contrat avec les ministres comme celles d’un prêt fait à la grosse aventure. » Et il ajoute avec beaucoup de sens : « Dans ce temps où l’industrie, prenant plus d’essor, avait développé dans un plus grand nombre d’hommes l’amour de la propriété, le goût et le besoin de l’aisance, ceux qui avaient confié une partie de leur propriété à l’État souffraient avec plus d’impatience la violation de la loi des contrats par celui de tous les débiteurs qui devait le plus la respecter. »

Les abus reprochés ici à l’administration française n’étaient point, en effet, nouveaux ; ce qui l’était, c’était l’impression qu’ils faisaient naître. Les vices du système financier avaient même été bien plus criants dans les temps antérieurs ; mais il s’était fait depuis, dans le gouvernement et dans la société, des changements qui y rendaient infiniment plus sensible qu’autrefois.

Le gouvernement, depuis vingt ans qu’il était devenu plus actif et qu’il se livrait à toute sorte d’entreprises auxquelles il n’avait pas songé jusque-là, avait achevé de devenir le plus grand consommateur des produits de l’industrie et le plus grand entrepreneur de travaux qu’il y eût dans le royaume. Le nombre de ceux qui avaient avec lui des relations d’argent, qui étaient intéressés dans ses emprunts, vivaient de ses salaires et