Page:Alexis de Tocqueville - L'Ancien Régime et la Révolution, Lévy, 1866.djvu/31

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CHAPITRE II


Que l’objet fondamental et final de la Révolution n’était pas, comme on l’a cru, de détruire le pouvoir religieux et d’énerver le pouvoir politique.


Une des premières démarches de la Révolution française a été de s’attaquer à l’Église, et parmi les passions qui sont nées de cette révolution, la première allumée et la dernière éteinte a été la passion irréligieuse. Alors même que l’enthousiasme de la liberté s’était évanoui, après qu’on s’était réduit à acheter la tranquillité au prix de la servitude, on restait révolté contre l’autorité religieuse. Napoléon, qui avait pu vaincre le génie libéral de la révolution française, fit d’inutiles efforts pour dompter son génie antichrétien, et, de notre temps même, nous avons vu des hommes qui croyaient racheter leur servilité envers les moindres agents du pouvoir politique par leur insolence envers Dieu, et qui, tandis qu’ils abandonnaient tout ce qu’il y avait de plus libre,