Page:Alexis de Tocqueville - L'Ancien Régime et la Révolution, Lévy, 1866.djvu/50

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en état de nuire. « L’état de chose existant, dit un écrivain allemand, contemporain et ami de cet ancien régime, paraît être devenu généralement blessant pour tous et quelquefois méprisable. Il est singulier de voir comme on juge maintenant avec défaveur tout ce qui est vieux. Les impressions nouvelles se font jour jusqu’au sein de nos familles et en troublent l’ordre. Il n’y a pas jusqu’à nos ménagères qui ne veulent plus souffrir leurs anciens meubles. » Cependant, en Allemagne, à la même époque, comme en France, la société était en grande activité et en prospérité toujours croissante. Mais faites bien attention à ceci ; ce trait complète le tableau : tout ce qui vit, agit, produit est d’origine nouvelle, non seulement nouvelle, mais contraire.

C’est la royauté qui n’a plus rien de commun avec la royauté du moyen âge, possède d’autres prérogatives, tient une autre place, a un autre esprit, inspire d’autres sentiments ; c’est l’administration de l’État qui s’étend de toutes parts sur les débris des pouvoirs locaux ; c’est la hiérarchie des fonctionnaires qui remplace de plus en plus le gouvernement des nobles. Tous ces nouveaux pouvoirs agissent d’après des procédés, suivent des maximes que les hommes du moyen âge n’ont pas connus ou ont réprouvés, et qui se rapportent, en effet, à un état de société dont ils n’avaient pas même l’idée.

En Angleterre, où l’on dirait au premier abord que l’ancienne constitution de l’Europe est encore en vigueur, il en est aussi de même. Si l’on veut oublier les vieux noms et écarter les vieilles formes, on y trouvera