Aller au contenu

Page:Alfred Vacant - Dictionnaire de théologie catholique, 1908, Tome 15.2.djvu/669

La bibliothèque libre.
Cette page n’a pas encore été corrigée

2867

VICTOR III

li.Sli.S

les Normands ses voisins, l’abbé ménage leur réconciliation avec le pape en 1080. Il fait mieux : lors du second siège de Rome par Henri IV, Didier, par l’intermédiaire de Jourdan de Capoue, négocie avec le roi de Germanie. Un peu témérairement il s’est engagé à le faire couronner empereur par le pape légitime. Mis au courant de ce projet, Grégoire VII menace Didier d’excommunication. Sur ces négociations, voir A. Fliche, Le pontificat de Victor III, dans Rev. d’hisl. eccl., t. xx, 1924, p. 390, et le même dans La Réforme grégorienne, t. m.

Tel est le personnage qui, à la mort de Grégoire VII (25 mai 1085), allait être appelé à succéder à celui-ci. Sur cette élection, nous avons deux récits opposés et qui sont la source de tous les autres. L’un est celui de Pierre du Mont-Cassin, dans la chronique de ce monastère, P. L., t. clxxiii ; l’autre est fourni par une lettre d’Hugues de Lyon à la comtesse Mathilde, insérée par Hugues de Flavigny dans sa Chronique, P. L., t. cliv, col. 339 sq. Le premier récit est d’un admirateur enthousiaste de Victor et c’est à lui que nous devons les renseignements donnés ci-dessus sur la carrière antérieure de l’abbé du Mont-Cassin ; le second est d’un détracteur passionné du nouveau pape, peut-être d’un concurrent évincé, d’un homme en tout cas, qui, tout féru de l’esprit grégorien, n’a pas toujours fait montre d’un jugement sain. En dépit de l’appréciation favorable que porte sur cette lettre A. Fliche, article cité, nous la considérons comme une diatribe qui n’a même pas, à de certains endroits, le mérite de la vraisemblance. L’historien doit donc se tenir en défiance contre l’un et l’autre récit.

Au dire de Pierre du Mont-Cassin, voici comment aurait eu lieu l’accession de Didier au Siège apostolique, Chronicon Casinense, t. III, c. lxv sq. Didier se trouvait à Salerne au moment du décès de Grégoire VII et il apparaît comme un des personnages les plus considérables du petit cercle de fidèles groupés autour du pape exilé. Il aurait même été désigné par le mourant comme un de ses successeurs possibles. C’est Didier qui insiste auprès des cardinaux pour que l’on donne d’urgence un successeur au pape défunt ; il intéresse même à l’affaire le prince Jourdan de Capoue et la comtesse Mathilde. Mais, ayant eu vent que les cardinaux et le prince songeaient à lui pour le souverain pontificat, il retourne à son monastère. Dans les mois qui suivirent, les Normands de Jourdan préparent une expédition contre Rome, toujours tenue par les impériaux ; sollicité de se joindre à eux avec les forces de son domaine, Didier, méfiant, se refuse à prendre le chemin de la capitale. Une année ou presque se passa dans ces hésitations. Vers Pâques de 1086, des évêques et des cardinaux s’étant rassemblés de divers points à Rome, ils mandèrent à Didier que, de concert avec les évêques et cardinaux demeurés avec lui’(au Mont-Cassin), il se hâtât de venir pour mettre un terme à la vacance pontificale. Ainsi fit l’abbé ; il était à Rome la veille de la Pentecôte (23 mai). Durant toute cette journée, il s’efforça de provoquer le choix d’un pape ; le soir même on se rassemblait autour de lui dans la diaconie de Sainte-Lucie au Septisolium ; on le pria d’accepter la tiare, il s’y refusa énergiquement, déclarant que, si l’on voulait forcer sa volonté, il remonterait à son monastère et se désintéresserait désormais de tout. Le jour même de la fête, les pourparlers recommencèrent ; de guerre lasse, on demanda à Didier lui-même de désigner le nouveau pape. Il proposa Eudes, évêque d’Ostie (celui qui serait Urbain II) et promit que le nouvel élu pourrait trouver refuge au Mont-Cassin. Tout semblait s’arranger, quand un cardinal déclara que l’élection d’Eudes serait anticanonique (peut-être à cause de la vieille règle sur les translations d’un

évêque d’un siège à un autre ?). En dépit des observations qu’on lui fit, ce cardinal ne voulut pas démordre de son opposition. On revint alors à l’idée d’imposer le fardeau à Didier. L’entraînant malgré lui à Sainte-Lucie on le proclama élu et on lui imposa le nom de Victor, eum juxtu morem Ecclesiæ eligentes Victoris ei nomen imponunt. L’élu aurait pris dès lors quelques-unes des marques de sa dignité nouvelle. Mais, au bout de quelques jours, persécuté à Rome par le préfet impérial, il quitte la capitale, arrive à Terracine se rendant au Mont-Cassin. En route, il se dépouille des ornements pontificaux, déclarant qu’il préférait terminer ses jours dans la vie monastique : in divina peregrinatione vitam finire. Aux instances des évêques et des cardinaux qui l’avaient accompagné, à celles du prince Jourdan, qui voulait le mener à Rome pour le faire sacrer, il oppose un refus absolu. Pourtant, il fallait sortir de là. Au milieu du carême 1087, l’élu provoquait à Capoue une réunion des évêques et des cardinaux romains, à laquelle assistaient aussi Cencius, consul de Rome, avec d’autres nobles, le prince Jourdan et le duc Roger Guiscard, fils de Robert. L’assemblée le pressa très vivement d’accepter la dignité pontificale ; deux jours durant il maintint son refus. Finalement, le dimanche des Rameaux (21 mars), il se rendit et prit cette fois les marques de sa fonction : præteritam electionem crucis et purpuræ resumptione firmavit. Après les fêtes de Pâques qu’il célèbre au Mont-Cassin, il part pour Rome avec le prince Jourdan, passe le Tibre à Ostie et vient camper au dehors du portique de Saint-Pierre, car la basilique était tenue par les guibertistes. Elle fut enlevée par les soldats de Jourdan et, le dimanche après l’Ascension (9 mai), Victor III, en présence de beaucoup de Romains et de presque tous les Transtévérins, était consacré et intronisé par les évêques d’Ostie, Tusculum, Porto et Albano. Mais, après un séjour d’une semaine environ dans la cité léonine, le pape, toujours accompagné de Jourdan, rentrait à son monastère. Un mois plus tard, la comtesse Mathilde lui ayant fait exprimer le désir de le rencontrer à Rome, il prit la mer pour pénétrer dans sa capitale par le Tibre. La comtesse favorisa son entrée dans la cité ; le jour de la Saint-Barnabe (Il juin), il put célébrer la messe à Saint-Pieire ; le même jour, il entrait dans la ville même de Rome par le Transtévère, les troupes de Mathilde lui ayant conquis en même temps le château Saint-Ange et les villes d’Ostie et de Porto. Le Latran d’ailleurs demeurait toujours au pouvoir des guibertistes ; Victor s’installa donc dans l’île du Tibre. À la Saint-Pierre, il lui fut impossible de célébrer la fête dans la basilique de l’Apôtre, où Guibert, d’ailleurs, ne réussit pas davantage à officier. La basilique retomba le surlendemain au pouvoir de Victor. Cependant il n’était bruit que de l’arrivée en Italie de l’empereur Henri IV ; Victor reprit donc le chemin du Mont-Cassin ; là seulement il se sentait en sûreté. C’est de là qu’il convoqua pour le mois d’août, à Bénévent, un concile qui groupa les évêques de Pouille et de Calabre. L’excommunication y fut lancée contre l’antipape, mais aussi contre deux grégoriens irréductibles, Hugues de Lyon et l’abbé de Saint-Victor de Marseille, Richard. En termes amers le pape se plaignit de l’opposition que ceux-ci ne cessaient de lui faire et qu’il attribuait au fait que l’évêque de Lyon avait été déçu dans son ambition, pro fastu et ambitione sedis aposlolicæ. Pourtant ces deux personnages avaient d’abord caché leur jeu ; Richard avait pris part à l’élection qui avait eu lieu à Rome à la Pentecôte de 1086 ; peu après ce moment, Hugues avait sollicité du nouvel élu une légation dans les Gaules ; l’un et l’autre avaient joint leurs instances