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Page:Alfred Vacant - Dictionnaire de théologie catholique, 1908, Tome 7.1.djvu/77

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HONORIUS IV — HONORTUS AU GUSTODUNENS IS

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furent atlribuécs à riiilippe le Bel pour conquérir l' Aragon, Trou, Registres d’Honorius IV, n. 395, et la croisade fut de nouveau prcchée en France, par ordre du pontife. Archives nationales, L 272, n. 12. 1.a résistance pontificale se brisa contre le sentiment des populations, profondément attachées à leurs pnnces.

Vis-à-vis de l’empire, Honorius IV se trouva en présence des demandes réitérées de Rodolphe de Habsbourg, qui attendait son couronnement, toujours dinéré depuis la mort de Grégoire X. Par une lettre du 31 mai 1286, Honorius fixa au 2 février 1287 la date du couronnement impérial. Prou, Registres d’Honorius JV, n. 551. Par suite d’empêchements sur lesquels la lumière n’est pas faite, Rodolphe ne se rendit pas à Rome à la date indiquée. Depuis lors, Honorius n’en parla plus.

Honorius IV a passé longtemps, à cause d’une appréciation malveillante du chroniqueur Fra Saliinbene, pour un ennemi des moines mendiants. Depuis la publication des Registres de ce pape, il est impossible de souscrire à ce jugement. Non seulement il a confirmé, mais élargi leurs privilèges, il les a utilisés dans des missions de confiance et a élevé à l'épiscopat un certain nombre d’entre eux. Prou, Registres d’Honorius IV, Intiod., c. ix-et x.

I Sources. — 1° Diplomatiques : Maurice Prou, Lps registres d’Honorius IV, Paris, 1888 ; Rymer, Fœdera, Londres 1816, t. i ; Potthast, Regesta pontificum romanorum, Berlin, 1875, t. it, p. 1795-1825. 2132 ; Bliss, Papnf lellers 1893 t. i, p. 479-491 ; Bôhmer-Redhich, Regesta mperii, t. VI, n. 1894, 1930, 2021, 2506.

2° Narratives : Bernard Gui, Cliron., dans Muratori, Scriptores, t. m. p. 611 : Malespinl, Cftron., ibid^ t. iivi n 1044 -Fr. Dulcinl, Hist., ibid., i. ix, p. 448 ; Franc-Pilani, Cliron., ibid., t. ix, p. 727 ; Giov.VlUani, Cliron., ibul., t xiii p. 311 ; Martène, Thésaurus novus anecdotorum, Paris, 1717, t. ii, p. 84 ; Salimbene, Cliron. Parm., éà. Berta’ni, Parme, 18.57, p. 332.

II Travaux. — M. Prou, Les registres dllonorius 1, Introduction, p. l-Ul ; Pawlicki, Papst Honorius IV, Munster, 1896 ; Saint-Prlest, Histoire de la conquête de mplesparCliarlesd-Aniou, PaTis, ÏS49 ; L. Cadier, Essai sur l’administration du royaume de Sicile sous Charles I" et II, Paris, 1891 ; Jordan, Le saint-siège et les banquiers Italiens 3' congrès cathollq. internat., Bruxelles, 1895, t. v, p. 293-303 ; Les origines de lu domination angevine en Italie, Paris, 1911.

H.-X. Arquillière. 5 HONORIUS AUGUSTODUNENSIS, dit HONORÉ D’AUTUN. — I. Sa personne. II. Ses écrits. III. Ses idées.

I. Sa personne.

Dans un grand nombre de manuscrits, les uns publiés, les autres inédits, et qui s'échelonnent de la fin duxiie siècle au début du xvis se lisent des ouvrages qui portent en tête le roni d’Honorius accompagné parfois des qualificatifs so/ ; tarius ou indusus. Ces ouvrages, très divers comme étendue (les uns ont quelques pages seulement, les autres plusieurs centaines) et comme contenu (leur ensemble forme une véritable encyclopédie), témoignent néanmoins d’une incontestable parenté, tant au point de vue du style, une prose rimée artificielle, qu’au point de vue des idées, qui parfois diffèrent sensiblement de ce qui était courant au xne siècle. L’un de ces traités est intitulé : De luminaribus Ecclesiæ, sive de scriploribus ecclesiasticis. C’est un rapide inventaire des principaux écrivains ecclésiastiques et de leurs œuvres, depuis le début de l'ère chrétienne jusqu’au règne d’Henri V d’Allemagne (1106-1125). Les trois premiers livres se contentent d’abréger les traités sur le inMne sujet composés par saint Jérôme, Genuai'.e, Isidore de Séville. Le IV » commence par Bède, et donne les noms de quinze autres auteurs du haut moyen âge, y compris Lanfranc de Cantorbt-ry (14). saint Anselme (15),

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Rupert de Deutz (16) ; il se termine enfin par une notice plus longue sur un écrivain désigné de la manière suivante : Honorius Augustodunensis Ecclesiw presbgter et scolasticus, non spernenda opuscula edidil. Suit une liste de vingt-deux ouvrages dont le dernier est précisément le livre lui-même : hune libellum Dt luminaribus Ecclesiæ. Et la notice se clôL sur ces mots : Sub quinto Henrico floruit. Quis post hune scripturus sit, postcriias videbil. P. L., t. clxxii, col. 232-231. Si l’on se rappelle que saint Jérôme etŒnnadeont conclu, l’un et l’autre, leur De viris illustribus par une notice relative à leurs propres écrits, on ne trouvera rien d’extraordinaire à ce que cette finale du De luminaribus soit de l’auteur lui-même du traité. Passant en revue les écrivains de son temps, il n’a pas voulu laisser ignorer par la postérité l’importante contribution fournie par lui à la littérature ecclésiastique. Si l’on remarque, d’autre part, que les traités mentionnés par la notice sont tous attribués par les manuscrits à un Honorius, que les préfaces mises en tête de certains de ces ou^Tages indiquent le même ordre de composition que la notice, on ne saurait guère échapper à cette conclusion, que nous possédons en ces quelques lignes nos renseignements les plus authentiques sur le personnage d’Honorius.

Ces renseignements sont d’autant plus précieux a recueillir qu’ils constituent, avec quelques traits personnels épars dans les ouvrages mentionnés ci-dessus, notre unique source pour la connaissance de l’auteur. Nul écrivain du moyen âge n’est plus profondément mystérieux que celui-ci. On a prononcé à son propos le nom de « grand inconnu ». Cette expression n’a rien d’exagéré. Aucun historien, aucun chroniqueur, aucun théologien, aucun correspondant ne cite le nom d’Honorius. Ses œuvres, qui ont été très lues, très copiées, ont exercé une influence considérable dans une partie du monde médiéval ; sa personne n’a jamais attiré l’attention. A force de sagacité les critiques d’aujourd’hui arrivent à soulever un coin du voile qui la cache. Mais il s’en faut qu’ils soient parvenus à des résultats concordants et indiscutables. Nous allons exposer, aussi brièvement que possible, l'état actuel des recherches.

Si l’on admet l’exactitude et l’authenticité de la notice du De luminaribus, la première pensée qui vienne à l’esprit, c’est de traduire les mots Honorius, Augustodunensis Ecclesiæ presbijier et scolasticus par : Honoré, prêtre et écolâtre de l'Église d’Aulun, et de chercher dans cette ville de Bourgogne, sinon la patrie, au moins la résidence habituelle de notre auteur. Si l’on combine avec cette première donnée la mention de solitarius, inclusus, qui accompagne fréqi.emment le nom d’Honorius, on arrive au curriculum vilx suivant : Honoré, dans sa jeunesse, était prêtre de l'Église d' Autun ; bientôt chargé de distribuer l’enseignement théologique, il quitte, après une carrière assez longue, sa chaire d'écolâtre pour se réfugier dans un cloître. La chose n’a rien d’extraordinaire, on pourrait donner maint exemple de semblables retraites. Telle est sur Honorius la notice longtemps classique ; celle qu’a élaborée dom Pez, Thésaurus anecdotorum novissimus, t. ii, p. iv, le premier éditeur ; qu’a reprise VHistoire littéraire de la France, t. xii, p. 165, et qui est acceptée par les divers répertoires de langue française que nous avons pu consulter.

Elle se heurte pourtant à quelques très graVes difficultés. L’histoire d' Autun n’a gardé aucune trace de l’activité d’Honorius, et il n’est pas certain qu’un enseignement théologique régulier y fut organisé à l'époque présumée de la vie d’Honorius (première moitié du xiie siècle) ; les ouTages historiques de l’auteur réservent toute leur attention à l’histoire d’Allemagne, passent complètement la France sous