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CYBÈLE

rempli d’affection et qui déjà, d’instinct, s’était attaché à sa future maîtresse, si bien que lorsqu’on ne le voyait pas aux côtés de Marius, on était presque sûr de le rencontrer sur les pas des dames Honorat.

Numa ne pouvant être partagé entre les deux familles également désireuses de le posséder dans ces premières heures d’effusion, la table du notaire réunit ce soir-là tout le monde. C’était plaisir d’entendre raconter au jeune marin les incidents de ses grands voyages ou les traits de mœurs des noires populations du Sénégal ou du Congo, et terrifiant d’assister avec lui par la pensée aux duels des chétifs torpilleurs français avec la flotte chinoise de Fou-Tchéou.

Numa avait choisi sa carrière par vocation. Tempérament d’enthousiaste, esprit chercheur et travailleur infatigable, les devoirs du bord ne remplissaient qu’une partie de son activité. Son étroite cabine de marin était devenue pour lui un cabinet d’étude, et l’on n’eût pu croire tout ce que ce petit espace contenait de livres, d’instruments et d’échantillons d’histoire naturelle. Il avait assez appris déjà et assez compris de choses pour entrevoir un immense au-delà des connaissances reçues. Son esprit se portant toujours en avant, il étonnait parfois ses collègues du carré des officiers par l’audace de ses hypothèses ou l’imprévu de ses conclusions.