Page:Alhaiza, Cybèle, voyage extraordinaire dans l'avenir, Georges Carré, 1904.djvu/127

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CYBÈLE

Lorsque dans la journée on s’informa de lui, il pria qu’on le laissât seul, prétextant une violente migraine, prétexte plausible qui pouvait servir dans Cybèle aussi bien que dans son pays, et qui d’ailleurs n’était qu’un demi-mensonge, car il n’était que trop vrai que cette journée fut pour le pauvre garçon une journée de grande souffrance morale et de prostration physique.

La nuit apporta enfin un peu de calme dans son cerveau en rafraîchissant la fièvre qui l’agitait. Marius ressaisit ses esprits et sentit qu’il lui fallait secouer un peu sa torpeur qui le tenait encore immobile au milieu de l’obscurité qui commençait à se faire sans qu’il s’en aperçût. Il sortit de son appartement, alla jusqu’au bout de la galerie, et montant les degrés d’un escalier qui s’offrait devant lui, il se trouva de suite sur une vaste terrasse d’où se découvrait une partie de la ville et une belle étendue de ciel déjà parsemé de quelques étoiles. Comme mû par une attraction subite, il leva la tête, et son regard se trouva arrêté sur le doux scintillement de l’une d’elles qu’il sentit aussitôt devoir être, non la Gemma fatale d’auparavant, mais cette autre Gemma, soleil de sa patrie à lui, soleil de sa Jeanne, de sa vraie Jeanne qui vivait là, perdue dans le lointain rayonnement d’une étoile de ce ciel qui s’étendait en ce moment au-dessus de