Page:Alhaiza, Cybèle, voyage extraordinaire dans l'avenir, Georges Carré, 1904.djvu/134

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CYBÈLE

crainte de s’égarer en compagnie d’un guide aussi sûr. C’était merveille de voir le prudent animal conduire le jeune homme partout où il en avait reçu la mission, en choisissant les meilleures voies et en lui faisant prendre place au besoin dans les véhicules appropriés aux différents trajets. Avec son maître, il eût certainement causé un peu en chemin, c’est-à-dire échangé quelques idées simples faisant partie du bagage scolaire de tout chien d’éducation ; mais avec Marius il voyait bien, l’ami Hou qu’il perdrait son temps à essayer d’entrer en explications, et s’il lui arrivait de placer quelques mots sur sa route, ce n’était guère qu’avec quelque autre bête de sa connaissance, non plus avec ces façons de mauvais goût et ces familiarités plus que déplacées qui sont encore d’usage entre chiens terrestres, mais au contraire avec des manières décentes et polies, des gestes courtois, de légères modulations de la voix qui étaient bel et bien un vrai langage dont six mille ans de progrès ininterrompus avaient doté la gent canine.

— Hé mais, vous n’allez pas, je suppose, rester enfermé chez vous aujourd’hui encore, mon cher Marius, quand un peu de grand air vous serait si salutaire ?

Le meilleur dérivatif que l’exilé pût trouver à l’obsession des cuisants regrets du passé et des non