Page:Aloysius Bertrand - Gaspard de la nuit, édition 1920.djvu/12

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Là, plus d’un portail
S’ouvre en éventail.
Dijon, moult te tarde ! [1]
Et mon luth camard
Chante ta moutarde
Et ton Jacquemart !

J’aime Dijon comme l’enfant sa nourrice dont il a sucé le lait, comme le poète la jouvencelle qui a initié son cœur. — Enfance et poésie ! Que l’une est éphémère, et que l’autre est trompeuse ! L’enfance est un papillon qui se hâte de brûler ses blanches ailes aux flammes de la jeunesse, et la poésie est semblable à l’amandier : ses fleurs sont parfumées et ses fruits sont amers.

J’étais un jour assis à l’écart dans le jardin de l’Arquebuse, — ainsi nommé de l’arme qui autrefois y signala si souvent l’adresse des chevaliers du Papeguay. Immobile sur un banc, on eût pu me comparer à la statue

  1. Moult me tarde ! ancienne devise de la commune de Dijon.