Page:Amable Floquet - Histoire du privilege de saint Romain vol 2, Le Grand, 1833.djvu/598

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raideur, ni mollesse ; par le mouvement des poses et le caractère des têtes mêmes, on peut comparer le style de ce chef-d’œuvre de notre antique orfévrerie à celui du précieux monument dont je vais parler. Il consiste dans un magnifique contre-retable, espèce de tryptique, composé de bas-reliefs et de figures de ronde bosse dans la proportion de cinq à six pouces de haut, représentant, outre d’autres innombrables sujets, la vie du Christ et celles de la Vierge et des apôtres, le tout exécuté en os admirablement ciselés. Cet étonnant objet d’art, où se voient l’image et les blasons du donateur, fait maintenant partie du musée du Louvre, et fut autrefois offert à l’église de Poissy par Jean, duc de Berry, frère du roi Charles V[1]. Il ne serait pas impossible de citer, comme points de comparaison, plusieurs autres monumens, appartenant non moins certainement à l’époque du prince dont nous venons de parler ; mais la similitude qui règne entre la plupart des figurines du contre-retable en question et celles de la fierte, nous paraît tellement remarquable, que nous n’hésiterions pas à donner à notre reliquaire à peu près le même âge qu’au bas-relief de Poissy, quand même le rapprochement suivant ne viendrait pas encore à l’appui de cette opinion.

En i409, Guillaume, troisième du nom, abbé de Saint-Germain-des-Prés, fit refaire en cuivre le retable du maître-autel de l’église de ce célèbre monastère. Cette pièce, d’un travail exquis, se composait de sept arcades, dont la principale, celle du centre, offrait le Christ en croix. Cette arcade et les deux qui l’accompagnent à droite et à gauche, prises à part des quatre autres, forment le motif complet des faces latérales de la châsse de Saint-Romain ; et cette ressemblance est tellement

  1. Cet admirable oratoire était dépouillé d’un assez grand nombre de ses anciennes figures et mutilé dans plusieurs parties ; sa restauration est due à mon excellent et savant ami M. Henry De Triqueti, dont le nom seul rappelle ces artistes de la renaissance, habiles à la fois dans tous les arts dépendant du dessin.