Page:Anatole France - L’Église et la République.djvu/116

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j’ai oublié la meilleure : C’est qu’il n’y a pas de Concordat, qu’il n’y en a jamais eu.

Et Rome le sait bien. Pour elle, le Concordat ne fut jamais un traité. C’est un passeport. C’est le papier qui lui donne ses sûretés et la libre circulation dans la République. Elle y tient pour cela. Sans ce papier, elle perd son signalement et son nom en France.

En son allocution consistoriale du 27 septembre 1852 et par l’article 55 du Syllabus du 8 décembre 1864, le pape Pie IX a mis au rang des principales erreurs de notre temps cette proposition que l’Eglise doit être séparée de l’Etat, et l’Etat de l’Eglise.

L’Eglise, en effet, ne peut volontiers se laisser exclure des États où elle prétend dominer. Si, par le Concordat, elle ne dirige pas les affaires de la France, tout au moins elle y participe. Le Concordat est le dernier et précieux vestige de son antique union avec l’Etat et l’endroit par lequel elle peut espérer encore reprendre le gouvernement des mœurs et ramener le bras séculier à l’obéissance. En vertu du Concordat, M. Loubet, successeur de Charlemagne, est, dans la Gaule chrétienne, le vicaire temporel du Pape. Si la soumission du Président de la République à l’Eglise n’est pas entière et pleine, s’il ne tire pas l’épée pour restituer à Pierre son patrimoine, sa malice et le malheur des temps en sont cause. Cette calamité peut cesser. Mais si le Concordat est déchiré, le Saint-Siège perd le seul titre qui lui reste à participer au gouvernement de la République. Il n’a plus de prise sur la France.