Page:Anatole France - Le Crime de Sylvestre Bonnard, 1896.djvu/69

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Empédocle, est si nécessaire aux êtres animés que rien ne vit loin des fleuves et des fontaines. Mais le port de Girgenti, situé à trois kilomètres de la ville, fait un grand commerce. C’est donc, me disais-je, dans cette ville morne, sur ce rocher abrupt, qu’est le manuscrit du clerc Alexandre ! Je me fis indiquer la maison de M. Micael-Angelo Polizzi et je m’y rendis.

Je trouvai M. Polizzi vêtu de blanc des pieds à la tête et faisant cuire des saucisses dans une poêle à frire. À ma vue, il lâcha la queue de la poêle, éleva les bras en l’air et poussa des cris d’enthousiasme. C’était un petit homme dont la face bourgeonnée, le nez busqué, le menton saillant et les yeux ronds formaient une physionomie remarquablement expressive.

Il me traita d’Excellence, dit qu’il marquerait ce jour d’un caillou blanc et me fit asseoir. La salle où nous étions procédait à la fois de la cuisine, du salon, de la chambre à coucher, de l’atelier et du cellier. On y voyait des fourneaux, un lit, des toiles, un chevalet, des bouteilles, des bottes d’oignons et un magnifique lustre de verre filé et coloré. Je jetai un regard sur les tableaux qui couvraient les murs.