Page:Anatole France - Le Crime de Sylvestre Bonnard, 1896.djvu/97

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nos heureuses dispositions, il nous couvrait d’un regard affectueux. Ce fut un bien bon temps que celui que je passai sur les bancs de M. Douloir avec des petites camarades qui, comme moi, pleuraient et riaient de tout leur cœur, du matin au soir.

Après un demi-siècle, ces souvenirs remontent tout frais et clairs à la surface de mon âme, sous ce ciel étoilé, qui n’a pas changé depuis et dont les clartés immuables et sereines verront, sans faillir, bien d’autres écoliers comme j’étais, devenir des savants catarrheux et chenus comme je suis.

Étoiles, qui avez lui sur la tête légère ou pesante de tous mes ancêtres oubliés, c’est à votre clarté que je sens s’éveiller en moi un regret douloureux ! Je voudrais avoir un fils qui vous voie encore quand je ne vous verrai plus. Comme je l’aimerais ! Ah ! il serait, ce fils, que dis-je, il aurait vingt ans, si vous l’eussiez voulu, Clémentine, vous dont les joues étaient si fraîches sous votre capote rose ! Mais vous épousâtes un commis de banque, ce Noël Alexandre qui, depuis, gagna tant de millions. Je ne vous ai pas revue depuis votre mariage, Clémentine, et je vous vois tou-