Page:Anatole France - Le Lys rouge.djvu/270

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longues oreilles, enlevé à sa mère quand il tétait encore. Elle l’éleva sur ses genoux, et le nourrit des fleurs du printemps. Il aimait Phanion et il oublia sa mère. Il mourut d’avoir mangé trop de fleurs. Phanion le pleura. Elle l’ensevelit dans le jardin de citronniers, sous un tombeau qu’elle pouvait voir de son lit. Et l’ombre du petit lièvre fut consolée par les chansons des poètes.

La bonne madame Marmet dit que M. Le Ménil plaisait par des façons élégantes et discrètes, que les jeunes gens n’ont plus guère. Elle aurait bien voulu le voir. Elle avait un service à lui demander.

— C’est pour mon neveu, dit-elle. Il est capitaine d’artillerie, très bien noté et très aimé de ses chefs. Son colonel a été longtemps sous les ordres d’un oncle de M. Le Ménil, le général de La Briche. Si M. Le Ménil voulait bien demander à son oncle d’écrire un mot en faveur de mon neveu au colonel Faure, je lui en serais bien reconnaissante. D’ailleurs, mon neveu n’est pas un étranger pour M. Le Ménil. Ils se sont trouvés ensemble l’année dernière au bal masqué que le capitaine de Lessay donna, à l’hôtel d’Angleterre, aux officiers de la garnison de Caen et aux jeunes gens de famille des environs.

Madame Marmet, baissant les yeux, ajouta :

— Les invitées, naturellement, n’étaient pas