Page:Anatole France - Le Lys rouge.djvu/299

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des hautes bâtisses, le petit hôtel de Philippe Dechartre, par la rudesse de ses pierres brutes qui s’effritaient dans l’attente du praticien mort peut-être depuis vingt ans, par la lourdeur naïve de ses trois lucarnes à peine dégrossies, par la simplicité du toit que la veuve de l’architecte avait fait couvrir à peu de frais, par tous les bonheurs de l’inachevé et de l’involontaire, corrigeait la disgrâce de son ancienneté trop neuve, de son romantisme archéologique, et s’accordait avec l’humilité d’un quartier enlaidi par le progrès de la population.

Enfin, sous son apparence de ruine et dans sa draperie verte, ce petit hôtel avait son charme. Soudainement, et d’instinct, Thérèse découvrait d’autres harmonies. Dans cette négligence élégante, qui s’étendait des murailles recouvertes de lierre aux vitres assombries de l’atelier et jusqu’au platane penché dont l’écorce jonchait de ses écailles l’herbe folle de la cour, elle devinait l’âme du maître, nonchalante, inhabile à conserver, traînant la mélancolie des passionnés. Elle eut dans sa joie un serrement de cœur à reconnaître cette indifférence où son ami laissait autour de lui les choses. Elle y trouvait une sorte de grâce et de noblesse, mais aussi un esprit de détachement contraire à sa propre nature, tout opposé à l’âme intéressée et soigneuse des Mon-