Page:Anatole France - Le Lys rouge.djvu/301

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de travail à son père et où, lui-même, il dessinait, modelait et lisait surtout, aimant la lecture comme un opium et faisant des rêves sur la page inachevée.

Des tapisseries gothiques, très pâles, laissant deviner, dans une forêt merveilleuse, une dame coiffée du hennin, avec une licorne couchée à ses pieds sur l’herbe fleurie, montaient au-dessus des armoires jusqu’aux solives peintes du plafond.

Il la mena devant un divan large et bas, chargé de coussins que recouvraient de leurs lambeaux somptueux des chapes espagnoles et des dalmatiques byzantines ; mais elle s’assit dans un fauteuil.

— Vous voilà, vous voilà ! Le monde peut finir.

Elle répondit :

— Je pensais à la fin du monde, autrefois ; je ne la craignais pas. M. Lagrange me l’avait promise, par galanterie, et je l’attendais. Quand je ne vous connaissais pas, je m’ennuyais tant !

Elle regarda autour d’elle les tables chargées de vases et de statuettes, les tapisseries, la foule confuse et splendide des armes, des émaux, des marbres, des peintures, des livres anciens.

— Vous avez de belles choses.

— Pour la plupart elles viennent de mon père, qui vivait dans l’âge d’or des collections.